dénombrements, des arrangements

Publié le par cel cel

"   L'intervention de Robert Smithson est tout aussi immatérielle.
Mirror Displacement (Portland Isle, England) assemble une série de photographie représentant des miroirs dans une carrière de pierres. Ces photographies, accompagnées d'une carte de géographie, furent publiées dans le catalogue de l'exposition  Prospect 69 de Düsseldorf.
Voyageant en Angleterre, l'artiste a posé des miroirs dans le paysage et les a photographiés. "J'utilise le miroir parce qu'en un sens le miroir est à la fois l'objet-miroir et ce qu'il reflète : le miroir comme concept et comme abstraction, puis le miroir comme réalité, à l'intérieur du miroir-concept [...] le miroir est un déplacement. " Derrière les circonvolutions de cette déclaration, réside l'idée que le miroir est comme la conscience humaine : connaître une chose, en avoir conscience, c'est avoir conscience qu'on en est séparé (aliénation, déplacement). Smithson s'intéressait à la notion de site et de non-site, le site étant le "vrai" lieu, le non-site, sa représentation. Un non-site peut, par exemple, être un amas de pierres déplacé et réinstallé à l'intérieur d'une galerie. Un site, en revanche, Smithson en avait conscience, s'inscrit toujours dans un processus de changement et d'entropie. Autre idée sous-jacente, celle de l'écoulement du temps : la transition qui nous fait passer ici de un à sept miroirs illustre cette idée, en même temps qu'elle nous rappelle l'intérêt général de l'époque pour les structures simples et les dénombrements. Dénombrer, ainsi que l'ont compris les artistes minimalistes, permet d'organiser des arrangements plutôt que des compositions.   "

Tony  Godfrey, L'Art conceptuel (Ed. Phaïdon, collection Art et idées, 1998 - 2003 pour la traduction française)

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arte 27/01/2005 14:22

Par "reflexion", du non-site au site : les tentations de l'architecture végétale ... et plus loin dans la recherche de dématerialisation, l'exemple du musee des arts premiers de Nouvel ! (en cours) citation :
"Présence-absence ou la dématérialisation sélective


Lettre d'intention de Jean Nouvel pour le concours international d'architecture


C'est un musée bâti autour d'une collection. Où tout est fait pour provoquer l'éclosion de l'émotion portée par l'objet premier ; où tout est fait, à la fois, pour le protéger de la lumière et pour capter le rare rayon de soleil indispensable à la vibration, à l'installation des spiritualités. C'est un lieu marqué par les symboles de la forêt, du fleuve, et les obsessions de la mort et de l'oubli. C'est l'asile où sont accueillis les travaux censurés ou méprisés aujourd'hui conçus en Australie ou en Amérique. C'est un endroit chargé, habité, celui où dialoguent les esprits ancestraux des hommes qui, découvrant la condition humaine, inventaient dieux et croyances. C'est un endroit unique et étrange. Poétique et dérangeant.

Le construire ne peut se faire qu'en récusant l'expression de nos actuelles contingences occidentales. Exit les structures, les fluides, les "menuiseries" de façade, les escaliers de secours, les garde-corps, les faux plafonds, les projecteurs, les socles, les vitrines, les cartels... Si leur fonction par la force des choses doit demeurer, qu'ils disparaissent de notre vue et de notre conscience, qu'ils s'effacent devant les objets sacrés pour autoriser la communion. Facile à dire, plus difficile à faire... Et, l'architecture qui en découle a un caractère inattendu. Est-ce un objet archaïque ? Est-ce l'expression de la régression ? Non, tout au contraire, pour arriver à ce résultat, les techniques les plus pointues sont convoquées : les verres sont grands, très grands, très clairs, souvent imprimés d'immenses photographies, les poteaux aléatoires dans leur positionnement et leur taille se prennent pour des arbres ou des totems, les brise-soleil en bois gravés ou colorés supportent des cellules photovoltaïques... Mais, peu importe les moyens... Seul le résultat compte : la matière par moment semble disparaître, on a l'impression que le musée est un simple abri sans façade dans un bois. Quand la dématérialisation rencontre l'expression des signes elle devient sélective. Ici l'illusion berce l'œuvre d'art.

Reste à inventer la poétique de situation : c'est un doux décalage : le jardin parisien devient un bois sacré et le musée se dissout dans ses profondeurs.

Jean Nouvel"


Le miroir inversé.