dénombrements, des arrangements
" L'intervention de Robert Smithson est tout aussi immatérielle.
Mirror Displacement (Portland Isle, England) assemble une série de photographie représentant des miroirs dans une carrière de pierres. Ces photographies, accompagnées d'une carte de géographie, furent publiées dans le catalogue de l'exposition Prospect 69 de Düsseldorf.
Voyageant en Angleterre, l'artiste a posé des miroirs dans le paysage et les a photographiés. "J'utilise le miroir parce qu'en un sens le miroir est à la fois l'objet-miroir et ce qu'il reflète : le miroir comme concept et comme abstraction, puis le miroir comme réalité, à l'intérieur du miroir-concept [...] le miroir est un déplacement. " Derrière les circonvolutions de cette déclaration, réside l'idée que le miroir est comme la conscience humaine : connaître une chose, en avoir conscience, c'est avoir conscience qu'on en est séparé (aliénation, déplacement). Smithson s'intéressait à la notion de site et de non-site, le site étant le "vrai" lieu, le non-site, sa représentation. Un non-site peut, par exemple, être un amas de pierres déplacé et réinstallé à l'intérieur d'une galerie. Un site, en revanche, Smithson en avait conscience, s'inscrit toujours dans un processus de changement et d'entropie. Autre idée sous-jacente, celle de l'écoulement du temps : la transition qui nous fait passer ici de un à sept miroirs illustre cette idée, en même temps qu'elle nous rappelle l'intérêt général de l'époque pour les structures simples et les dénombrements. Dénombrer, ainsi que l'ont compris les artistes minimalistes, permet d'organiser des arrangements plutôt que des compositions. "
Tony Godfrey, L'Art conceptuel (Ed. Phaïdon, collection Art et idées, 1998 - 2003 pour la traduction française)