Art as 80 km as 80 km as 80 km*
" Sur un appui de fenêtre, [Douglas] Huebler plaça un classeur documentant la Haverhill-Windham-New York Marker Piece, 1968. Il contenait des photographies de treize lieux différents, prises à 80 km d'intervalle sur une distance de 1045 km reliant les trois villes citées dans le titre. L'oeuvre était emprunte de poésie et de modestie, et contrastait avec les certitudes tautologiques de Joseph Kosuth. "
* (" Kosuth, lui, monta sur carton une série de pages de journaux et de magazines sur lesquelles il avait fait imprimer des définitions de dictionnaire dans le cadre de sa série Art as Idea as Idea. ")
Tony Godfrey, L'Art conceptuel (Ed. Phaïdon, collection Art et idées, 1998 - 2003 pour la traduction française, page 199 et 200)
" La poésie est essentiellement un vocabulaire contrairement à la prose.
Et qu'est-ce que le vocabulaire qui appartient essentiellement à la poésie. C'est un vocabulaire entièrement fondé sur les noms contrairement à la prose qui essentiellement vigoureusement délibérément ne se fonde pas sur le nom.
Le rôle de la poésie est d'user d'abuser, de perdre de revendiquer, de nier d'éviter d'adorer de remplacer le nom. Elle fait et ne fait que cela, elle le fait toujours et ne fait rien d'autre. La poésie ne fait rien d'autre qu'utiliser perdre refuser et contenter et trahir et caresser les noms. C'est ce que fait la poésie, c'est ce que la poésie doit faire quelque genre de poésie qu'elle soit. Et il y a beaucoup de genres de poésie.
Quand j'ai dit.
Une rose est une rose est une rose est une rose.
Et l'ai ensuite fait rimer j'ai fait de la poésie et qu'ai-je fait j'ai caressé vraiment caressé un nom et je lui ai parlé.
Pensons maintenant à la poésie n'importe quel type de poésie tous les types de poésie et voyons si ce n'est pas ainsi. Bien sûr c'est ainsi nous pouvons tous nous en rendre compte.
J'ai dit qu'un nom grammatical est le nom de n'importe quoi c'est ce qu'il est par définition et le nom de n'importe quoi n'est pas intéressant parce qu'une fois qu'on connait son nom le plaisir de le nommer est épuisé et c'est pourquoi en prose quand on écrit les noms c'est à dire les grammaticaux sont parfaitement inintéressants. Mais et c'est une chose dont il faut se souvenir on peut aimer un nom et si on aime un nom alors dire ce nom un certain nombre de fois ne le fait qu'aimer plus, plus violemment plus constamment plus passionnément.
Nous savons tous comment on dit le nom de quelqu'un qu'on aime. Et ainsi c'est cela la poésie aimer vraiment le nom de toute chose et ce n'est pas la prose. "
Gertrude Stein, Poésie et grammaire (in Lectures en Amérique, Christian Bourgois éditeur, 1978, pages 190-191)